vendredi 13 avril 2018

Séjour à Trois Sauts de Février à Mai 2018

Dans notre logis à l'orée de la forêt,le bruit est parfois presque assourdissant stridulations montant en puissance par vagues,au loin des oiseaux hululent ou pépient,semblant s’interpeller,converser sans cesse.
Qu'ils sont bavards tous ces êtres de la forêt qui se taisent brusquement à notre passage,que se racontent-ils donc?
Seul le moustique ne lâche jamais prise malgré les gestes agacés pour chasser leur vrombissement  agaçant au possible et parfois une claque fatale arrive à ses fins.
Endroit propice à la méditation mais qui peut être aussi oppressant en cette saison des pluies, installés comme nous le sommes à l'orée de la forêt et encadrés par les arbres.

Sur le fleuve, la pirogue alu est de règle avec le moteur Jonhson 15cv qui vrombit à toute heure,Raymond,un vieil amérindien est capable de reconnaître au bruit du moteur qui arrive.


La musique est quasi omniprésente ces deux derniers mois avec les cachiris qui se multiplient.
L'autre soir chez Florent, à côté du dispensaire,un cachiri ainsi qu'un autre,immédiatement très animé, 50m plus bas avec moulte musique. Chaque carbet avec 4 énormes bassines dans lesquelles la femme de la maison plonge les couis (calebasses) pour offrir la boisson aux invités.




Lucille,la femme de ménage du dispensaire, prépare le cachiri pour son anniversaire,31 ans
 Cachiri lors de la fête de l'école d'Itu Wasu pour les vacances de Pâques

Claude Levy-Strauss dénonçait déjà en 1955 (Tristes tropiques), les albums de photos de voyage qui n’étaient pas le reflet de la réalité. Il écrivait « L’Amazonie, le Tibet et l’Afrique envahissent les boutiques sous forme de livres de voyage, comptes rendus d’expéditions où le souci de l’effet domine trop pour que le lecteur puisse apprécier la valeur du témoignage qu’on apporte ». Puis, plus loin « Je comprends la passion, la folie, la duperie des voyages. Ils apportent l’illusion de ce qui n’existe plus et qui devrait être encore, pour que nous échappions à l’accablante évidence que vingt mille ans d’histoire sont joués. Il n’y a plus rien à faire : la civilisation n’est plus cette fleur fragile qu’on préservait… »



Je figerai cependant aussi souvent que possible des moments, avec mon appareil photo plus qu'avec mon crayon,des vestiges d'un mode de vie en péril par attrait de l'esthétisme...

Je n’ai pas à juger ce peuple, je suis seulement triste de voir comme ils sont piégés par notre civilisation comme un papillon par la lumière.
J'adhère totalement aux paroles de Philippe lorsqu'on s'est rencontré:" Je suis profondément touché par ces gens, par les bouleversements qu’on a induits et par la nocivité de cette « colonisation » dont les conséquences actuelles et à venir me semblent sombres, après que je n’aie pourtant passé que si peu de temps ici. J’essaierai d’être le plus respectueux possible. Il se peut que j’utilise le « recul », que je prétends avoir, les connaissances de l’Humain que je prétends détenir, pour apporter, avec l’équipe soudée du centre de santé, une pierre modeste à l’édifice branlant qui se construit ici ".

3 commentaires:

  1. Comme tu écris bien, Kiki, ce que tu vois et que tu ressens. Cela m'émeut beaucoup. Je te rejoins dans ce respect de l'humain.Continue à avoir oeil et coeur ouverts. Je t'embrasse,
    ln.

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  2. je te lis comme un roman,merci Christine pour cet envoi. J,adore l'histoire de ce vieux solitaire de 112 ans!
    J'attends d'autres récits de ta part !

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  3. Je te remercie Hélène mais les plus beaux textes sont des citations de Lévi Strauss ou de Philippe qui ponctuent mon récit et mes photos.

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