lundi 12 février 2018

Notre arrivée à Trois Sauts,il y a un et demi

Pour la première fois nous retournons sur une même mission,pas à la même période cependant
Voici ce qui nous attend,je n'avais pas posté ce récit à l'époque.
Tout d'abord la logistique 
Courses,emballages 
C'est parti pour Saint Georges.
Chez Modestine

Arrivée chez les Wayampis "guerriers qui touchent au but".


De ce voyage, outre la rencontre avec les gens souriants et aimables à la lisière de la forêt amazonienne, il y a tout un quotidien à gérer.
Comme toujours je suis sidérée par le laisser aller des habitants qui nous précèdent pourtant ceux qui me connaissent bien, savent que je ne suis pas une acharnée du ménage.
Il est vrai que les conditions sont précaires et qu'il faut rafistoler beaucoup avec peu de moyens mais après tout cela peut être un challenge comme un autre. Donc comme j'aime un endroit aéré avec une odeur plus attractive que le moisi j'ai par deux fois nettoyé les lieux qui nous étaient alloués. Et oui, on a déménagé après 2 semaines pour reprendre la maison qui jouxte le dispensaire au cœur du village. Une semaine pour m'approprier la maison du sol à la limite de la possibilité du balai au bout de mes bras. Moustiquaires posées aux fenêtres de la chambre, non pour les moustiques en cette période sèche mais pour les chauves souris ou plutôt contre. Moustiquaire bien bordée au dessus du lit pou éviter que d'aventure une matoutou ou autre rampant ne se prenne l'envie d'une excursion dans nos draps.
Matoutou : La mygale Matoutou est une araignée arboricole. Elle produit de la soie à usages multiples : fabrication de toiles-tapis de sol pour muer, de loges de ponte pour garder les cocons remplis d’œufs, de toiles en nappe ou en tube comme refuge ou parfois comme piège pour capturer de grosses proies. La Matoutou tisse une toile de soie blanche en tube pour se reposer, se reproduire et pondre.
En cas de menace face à un prédateur, elle peut projeter des soies urticantes en frottant ses pattes arrière contre son abdomen.
Theraphosidae. Son nom scientifique est Avicularia metallica (Ausserer, 1875). Contrairement à la Mygale de Leblond, qu'on trouve en forêt, la Matoutou fréquente les jardins et même parfois l'extérieur des maisons. Il n'est pas rare de voir sa toile sous les toitures des habitations.
En Guyane, mais aussi aux Antilles françaises, cette mygale est appelée Matoutou ou Matutu, qui signifie "table basse" en langue amérindienne Kali'na ...
Si on ne la dérange pas, elle ne se montre pas agressive même si elle peut mordre et peut aussi bombarder ses poils de soie urticants vers son agresseur.
La matoutou est facile à reconnaître car l'extrémité de ses pattes est orange. Malgré ses huit yeux, comme toutes les araignées, sa vue n'est pas très bonne. Lorsqu'elle est adulte, son corps peut mesurer jusqu'à 6 ou 7 cm. Son envergure, avec les pattes, peut atteindre 15 cm pour un poids d'à peu près 100 grammes.
Juvénile, la matoutou a un thorax noir, un abdomen rayé orange et noir et des pattes munies de longs poils clairs. La coloration varie au fur et à mesure des mues pour atteindre sa couleur définitive.Arboricole, on la trouve fréquemment dans les plantations d'ananas ou les bananiers où elle tisse son tube de toile. Les mâles sont plus petits et plus frêles et sont à la recherche constante de femelles. Ce sont eux qu'on aperçoit le plus souvent.
La ponte a lieu environ 5 mois après l’accouplement et l’éclosion qui comporte entre 70 et 200 œufs, environ 8 à 10 semaines après. La matoutou mange des insectes comme les grillons, les blattes, des vers et même parfois des souriceaux ou des petits oiseaux. Du reste, l'étymologie du nom Avicularia vient du mot latin "aves" qui signifie « oiseau » (avicula est un petit oiseau).
Cette mygale est assez commune dans le Nord de l'Amérique du Sud et notamment au Suriname et en Guyane française.

14 mai 2016

 Jacques Blaissonneaux, ou le centenaire de la rivière d'Oyapock, dans la Guyane du XVIII° siècle
Le titre de cet article est celui qui figure dans le Grand Dictionnaire universel du XIX° siècle de Pierre Larousse qui relate la vie de ce personnage qui a vécu 112 ans, dont les quarante dernières années de sa vie sur une petite île sur un saut du fleuve Oyapock, en Guyane française.
  Cette histoire a été racontée par Pierre-Victor Malouet (1740-1814) qui fut commissaire général de la marine et ordonnateur en Guyane de fin 1776 à 1778. Ce récit figure dans ses Mémoires (Tome I), publiés par son petit-fils en 1868.
Durant son court séjour en Guyane, Malouet a marqué son passage dans la colonie notamment en mettant en place un système de dessèchement des terres noyées, et la construction de canaux et de chemins, avec l'aide de l'ingénieur suisse Guisan qu'il avait fait venir de la Guyane hollandaise. Il a aussi organisé l'urbanisation de Cayenne en construisant des rues, créant un atelier de travaux publics, etc ... En son souvenir, une rue de Cayenne porte encore aujourd'hui son nom.
Mais revenons à notre centenaire dont l'histoire est loin d'être banale. Pierre-Victor Malouet, alors qu'il visitait la Guyane peu après son arrivée, a raconté sa rencontre en 1777 avec cet ancien soldat de Louis XIV, vivant sur cette île perdue au milieu du fleuve Oyapock. Le texte ci-après est l'extrait intégral des Mémoires de P-V. Malouet (Tome I) sur Jacques Blaissonneaux dit "Jacques-des-Sauts" :
Extrait d'une carte intitulée "Partie du fleuve d'Oyapock", datée du 14 janvier 1778 d'après la carte de Brodel Jean-Charles, ingénieur-géographe. Le nom de "Blaisoneau", mal orthographié, y est mentionné ...

"A six lieues du poste d'Oyapock, je trouvai sur un îlot placé au milieu du fleuve qui forme dans cette partie une magnifique cascade, un soldat de Louis XIV qui avait été blessé à la bataille de Malplaquet (1) et avait obtenu alors ses invalides. Connu à la Guyane sous le nom de Jacques-des-Sauts, il avait 110 ans en 1777, et vivait depuis quarante ans dans ce désert.
Il était aveugle et nu, assez droit, très-ridé ; la décrépitude était sur sa figure mais point dans ses mouvements ; sa démarche, le son de sa voix, étaient d'un homme robuste : une longue barbe blanche le couvrait jusqu'à la ceinture. Deux vieilles négresses composaient sa société et le nourrissaient du produit de leur pêche et d'un tout petit jardin qu'elles cultivaient sur les bords du fleuve.
C'est tout ce qui lui restait d'une plantation assez considérable et de plusieurs esclaves qui l'avaient successivement abandonné. Les gens qui m'accompagnaient l'avaient prévenu de ma visite, qui le rendit très-heureux ; il m'était facile de pourvoir à ce que ce bon vieillard ne manquât plus de rien et terminât dans une sorte d'aisance sa longue carrière. Depuis vingt-cinq ans, il n'avait mangé de pain ni bu de vin ; il éprouva une sensation délicieuse du bon repas que je lui fis faire. Il me parla de la perruque noire de Louis XIV, qu'il appelait un beau et grand prince, de l'air martial du maréchal de Villars, de la contenance modeste du maréchal de Catinat, de la bonté de Fénelon, à la porte duquel il avait monté la garde à Cambrai.
Il était venu à Cayenne en 1730 ; il avait été économe chez les jésuites, qui étaient alors les seuls propriétaires riches, et il était lui-même un homme aisé, lorsqu'il s'établit à Oyapock. Je passai deux heures dans sa cabane, étonné, attendri du spectacle de cette ruine vivante. La pitié, le respect en imposaient à ma curiosité ; je n'étais affecté que de cette prolongation des misères de la vie humaine, dans l'abandon, la solitude et la privation de tous les secours de la société.

La bataille de Malplaquet s'est déroulée le 11 septembre 1709 au cours de la guerre de succession d'Espagne. Les troupes commandées par le général John Churchill, duc de Marlborough et le prince Eugène de Savoie, essentiellement autrichiennes et hollandaises, affrontèrent les Français commandés par le maréchal de Villars.
L'endroit où était installé Jacques-des-Sauts est connu aujourd'hui avec la seule appellation de Saut Maripa (voir une vue de ce saut ci-dessus prise en octobre 2015 en saison sèche), premier saut à une heure de pirogue lorsqu'on quitte Saint-Georges de l'Oyapock pour remonter le fleuve du même nom.
Je voulus le faire transporter au fort ; il s'y refusa : il me dit que le bruit des eaux dans leur chute était pour lui une jouissance, et l'abondance de la pêche une ressource ; que puisque je lui assurais une ration de pain, de vin et de viande salée, il n'avait plus rien à désirer.
Lorsque je fus prêt de le quitter son visage se couvrit de larmes ; il me retint par mon habit, et, avec ce ton de dignité qui sied à la vieillesse, s'apercevant malgré sa cécité de ma grande émotion, il me dit :"Attendez", puis il se mit à genoux, il pria Dieu et me donna sa bénédiction".
Jacques Boissonneaux alias Jacques-des-Sauts s'éteignit en 1779 à l'âge de 112 ans, soit deux ans après le passage de Pierre-Victor Malouet.
De nombreux auteurs ont repris et romancé la vie de Jacques-des-Sauts, et notamment Jean-Louis Alibert (1768-1837), médecin et professeur à la faculté de médecine de Paris, dans son ouvrage "La physiologie des passions" publié en 1825 et qui obtint un prix Montyon de l'Académie française. Dans ce livre, un chapitre entier est consacré à Jacques Boissonneaux sous le titre "Le Soldat de Louis XIV ou l'histoire de Jacques Des Sauts, anecdote de M. de Préfontaine (2)".
J-L Alibert raconte "la vie singulière de Jacques Blaissonneaux qui, après avoir été intendant chez les jésuites de la mission, s'était adonné avec passion aux travaux agricoles, avait cultivé un petit domaine et était devenu presque riche, lorsque, frappé de cécité, il était tombé peu à peu dans l'état de dénûment où Malouet l'avait trouvé en 1777. Bien qu'aveugle, il prenait part à la culture de son petit jardin et y dirigeait les travaux de ses deux vieilles et fidèles négresses. Blaissonneaux mourut à l'âge de cent douze ans. Cabane et jardin furent alors abandonnés".
Le recensement des habitants de la Guyane, de condition libre, effectué en 1737 cite un Jacques Blaizonneau, habitant sur la rivière d'Oyapock, au lieu-dit "Sauts de la rivière" à l'habitation Le Vaugirard. Il déclare alors avoir 36 ans, être ancien soldat, et marié à Marie-Anne, une indienne de 24 ans. On peut imaginer qu'il ne connaissait pas sa date de naissance car, dans ce cas, il serait né en 1701 et n'aurait pu alors participer à la bataille de Malplaquet en 1709 !
(2) Le chevalier Jean-Antoine Bruletout de Préfontaine a habité la Guyane au XVIII° siècle (mort en 1787). Il fut nommé commandant de la partie nord de la Guyane. Il publiera en 1763 un ouvrage intitulé " sa Maison Rustique, à l'usage des habitants de la partie de la France équinoxiale, connue sous le nom de Cayenne".

Sources :
Mémoires de Malouet publiés par son petit-fils (Tome premier) - 1868.
Physiologie des passions ou nouvelle doctrine des sentiments moraux (Tome 2) par JL Alibert, publié chez Béchet Jeune (Paris 1825).
Grand dictionnaire universel du XIX° siècle par Pierre Larousse (Tome 2).
Extrait de la carte de la rivière Oyapock réalisée par l'ingénieur-géographe Dessigny en 1762. On y voit surligné en jaune par mes soins le prénom de Jacques (Blaissonneaux), là où il avait son habitation.

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