E. oleracea appartient à la famille botanique des Arecaceae (les palmiers). Chaque touffe peut porter de 10 à 25 stipes. Ils sont lisses et minces, mesurent entre 7 et 18 centimètres de diamètre, et peuvent culminer à 20 mètres!
Les fruits d’E. oleracea, drupes violettes de 1 à 2 cm de diamètre, poussent par centaines sur des grappes situées à la cime du palmier. Le noyau représente la majeure partie du fruit. Le palmier donne 2 à 4 grappes de fruits une fois par an, dès l’âge de 3 ans.
En cette fin de journée,c'est Yannick,le petit fils de Raymond, qui cueille.
la grand mère récupère la grappe
la fille égrappe et la petite fille apprend
A l'aube dimanche matin,je sort sur la terrasse intriguée par les bruits de débroussage...Jean-Claude est en haut du palmier
Sous l’œil vigilant de Raymond et de sa femme
Les Wayampi tissent des hottes ouvertes avec les palmes . Ces hottes sont généralement robustes mais éphémères (comparées aux vanneries en arouman) ; elles servent à transporter divers produits.
Le malaxage au pilon par Mauricette
Le mode de préparation du nectar est relativement homogène en Amazonie. Les grappes sont prélevées entières, à maturité. Les fruits sont égrappés, triés et plongés quelques minutes dans de l’eau tiède afin de ramollir leur pulpe. Puis ils sont malaxés manuellement ou mécaniquement. De l’eau ajoutée permet de diluer la pulpe, qui est finalement extraite par filtrage. La quantité d’eau additionnée donnera un nectar à la texture plus ou moins épaisse.
11Le nectar est consommé à température ambiante ; il peut être agrémenté de farine de manioc, de cassave, de tapioca, ou servir d’accompagnement pour les plats de poissons et viandes grillés. Dans les nouveaux lieux de consommation, il est prisé en tant que dessert ou boisson énergétique, toujours additionné de sucre( et souvent glacé en ville)
La pulpe de wassaï est intéressante au niveau nutritif, mais très périssable. Elle est riche en lipides (45 à 48 % sur extrait sec - Rogez, 2000 ; Cruz, 2008), pour la plupart insaturés, en minéraux (potassium, calcium, magnésium, phosphore, sodium, zinc, cuivre et fer), ainsi qu’en vitamine E (tocophérol) et vitamine B1. Du fait de son pH neutre, de sa faible épaisseur, et des conditions climatiques favorables, les micro-organismes se développent rapidement dans la pulpe du fruit et la rendent impropre à la consommation au-delà de 48 heures après la collecte .
D’autres parties du palmier entrent dans l’alimentation, mais se placent loin derrière la consommation du nectar. L’extrémité supérieure du cœur de palmier est comestible en l’état cru. Mais sa grande concentration en silice le rend toxique à forte dose. Considéré par les Amérindiens comme nourriture de disette ou comme snack lors d'expédition en forêt, il est peu présent dans l’alimentation du bas Oyapock, et les cœurs d’autres espèces de palmier lui sont préférés (ceux du Maximiliana maripa par exemple). Enfin, certains usages alimentaires du wassaï sont aujourd’hui totalement délaissés. C’est le cas des racines, dont on extrayait une sève qui servait de succédané au sel (de Granville, 1990), ou de l’huile extraite de la pulpe du fruit (Pesce, 1985 ; de Granville, 1990).
21L’usage du wassaï ne se résume pas à l’alimentation. De nombreuses autres parties du palmier sont utilisées à des fins très variées telles que la médecine, la construction ou l’artisanat. Par exemple, le stipe est fréquemment utilisé en tant que matériau de construction, sa structure mince et souple permettant de réaliser de petits ouvrages légers (poulaillers, planchers, pontons). De même, les palmes du wassaï sont employées par les Palikur, les Saramaka et les Créoles pour couvrir les toitures des habitations légères (abris de chasse, poulaillers) (de Granville, 1990 ; Lema, 2006).
22A l’inverse des pratiques alimentaires, les usages médicinaux du wassaï sont spécifiques à chaque groupe ethnique. Les Créoles utilisent le cœur du palmier «comme cicatrisant des coupures franches », tandis que les Palikur l’utilisent comme remède d’urgence des morsures de serpent venimeux (Grenand & al., 2004 : 193-194). Les racines ont également plusieurs usages médicaux qui varient selon les populations. La décoction de racines est utilisée contre la diarrhée par les Palikur, les Saramaka et les Créoles, mais aussi contre la fièvre, le mal de ventre et le paludisme par les Palikur et les Saramaka, et enfin comme cicatrisant ou pour guérir les douleurs post-partum par les Palikur (Lema, 2006). Enfin, les Palikur font des graines sèches, torréfiées et pilées, une tisane prise en décoction contre l’asthme et le diabète (Grenand & al., 2004, citant Berton, 1997).
23L’usage du wassaï à des fins artisanales (confection d’outils, de bijoux) concerne généralement les groupes amérindiens. Les Amérindiens utilisent également les graines comme perles, en les polissant et les colorant. La gaine des palmes récemment tombées est utilisée pour confectionner un anneau qui sert à grimper à la cime du palmier pour collecter les fruits. Enfilé sur les pieds et en tension contre le stipe, il améliore l’adhérence du grimpeur. Toutefois, l’usage de la gaine foliaire décline, les anneaux étant désormais fabriqués à partir de sacs en plastiques, plus robustes. Enfin, toujours avec la gaine encore verte, les Amérindiens constituent, par pliage et chevillage, un récipient provisoire à usage unique, mais qui résiste au feu : on peut ainsi sur le lieu-même de la cueillette échauder rapidement quelques poignées de fruits pour en sucer la pulpe.
Enfin, tandis que certains disparaissent, de nouveaux usages du wassaï se développent, notamment dans les métropoles brésiliennes. Ces débouchés sont liés à l’expansion de la production de fruits, donc à la croissance du nombre de « déchets » : les noyaux. Des chercheurs mettent au point un usage énergétique des noyaux comme biodiésel (Rousset & al., 2008), tandis que les habitants périurbains des grandes villes amazoniennes les utilisent en tant qu’engrais ou pour fournir de la nourriture aux porcs (Strudwick & Sobel, 1988). Malgré l’implantation continue de migrants brésiliens originaires du Pará sur le bas Oyapock, ces usages ne sont pas observés dans cette région.
Le palmier wassaï (Euterpe oleracea Mart.), aussi appelé açaí au Brésil et pinot en Guyane, est natif du bassin amazonien, en Amérique du Sud. Dans cette région, il est d’une importance alimentaire majeure. En effet, on peut tirer de ses fruits un nectar très riche qui constitue une part importante de la consommation de certains peuples d’Amazonie, notamment pendant la période de fructification du palmier. Ce nectar est désormais à la mode en milieu urbain au Brésil, et s’exporte sous une large gamme de produits dérivés à l’international, grâce à ses vertus énergétiques et anti-oxydantes reconnues. Si la majeure partie de la production et de la transformation de wassaï se déroule à Belém, dans l’Etat du Pará au Brésil, de nombreuses autres filières existent à plus petite échelle, car le fruit comme le nectar, très périssables, supportent mal le transport. Cet article explicite la filière de production du nectar de wassaï du bas Oyapock, région frontalière entre la Guyane française et le Brésil. Nous étudions, du point de vue de l’ethnoécologie, les impacts de la frontière sur la dynamique des savoirs et des échanges du wassaï. Plus de 100 entretiens semi-directifs ont été menés chez les différents groupes ethniques du bas Oyapock, ainsi que des travaux d’observation participante de localisation des zones de croissance du wassaï, et un lexique spécialisé trilingue a été réalisé. Les résultats révèlent une très grande diversité de savoirs, de savoir-faire et d’usages de ce palmier, parmi les 9 groupes ethniques recensés dans la région. Ces usages sont le plus souvent spécifiques à chaque groupe, et en perte de vitesse, sauf la consommation de nectar, qui est commune à tous les groupes ethniques, en augmentation générale. Les savoirs et techniques consacrés à la domestication et à la préparation du nectar sont explicités. Dans le but de comprendre la répartition du palmier sur ce territoire, la cartographie des zones de croissance du palmier dans la région est établie en tenant compte des trois principaux écosystèmes distingués par les autochtones, ainsi que les zones de collecte et les circuits suivis par les fruits et le nectar tout au long du processus de production et de consommation. La discussion finale aborde notamment le problème du statut foncier des terres sur chaque rive du fleuve Oyapock, en Guyane française comme en Amapá, dont la situation bloquée freine l’amélioration des conditions de collecte et des volumes collectés. Enfin, nous questionnons l’impact de la construction du pont sur l’organisation des acteurs de la filière.
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